le logoCCB va piéger ses poussières


Gaurain La cimenterie investit pour incinérer plus proprement.

En deux ans, 8,5 millions pour l'environnement. Le filtre à manches était imposé dans le permis de coïncinération.

VALEE ALEXANDRE

mercredi 31 janvier 2007, 02:48

Pour schématiser, c'est un gigantesque filtre à café qui sera installé dans les jours à venir à la cimenterie CCB, à Gaurain (Tournai). Le filtre à manches livré clé en main par l'ensemblier industriel Euremi, de Ghislenghien, a une mission précise : piéger une bonne part des poussières émises par le four nº4, dans les mailles des 4.212 « chaussettes » de tissus pendues à la sortie de l'installation.

Cette dépense de 5,4 millions d'euros pour le groupe - parmi les 8,5 investis par Italcementi en matière d'environnement, ces deux dernières années à Gaurain - était inévitable. Du moins si l'industriel voulait respecter les normes renforcées par le ministre Lutgen en mai 2005, au moment de délivrer à CCB le permis de valoriser des déchets dangereux.

Là où l'arrêté ministériel tolère 25 mg/Nm3 de poussières admises en sortie de cheminée, « le filtre à manches réduira ces émissions à 5 mg. De quoi limiter les quantités de polluants dans l'air, alors que nous respectons déjà toutes les normes, assure Arsène Karm, directeur de l'usine. L'émission de microparticules et de métaux lourds sera réduite selon un facteur 4 ou 5. » La trame des manches ne retient pas, par contre, les composés gazeux, traqués par d'autres installations. Avantage indéniable pour les riverains : ce filtre mécanique ne souffrira plus les déclenchements intempestifs de l'actuel électrofiltre. Des incidents synonymes à chaque fois de kilos de poussières retombant dans le voisinage de la carrière.

22,5 % de déchets incinérés

En 2006, les combustibles de substitution (farines animales, pneus, huiles usagées, pellets et un peu de fluff) ont couvert 22,5 % des besoins énergétiques des deux fours, capables ensemble de produire 5.800 tonnes de ciment chaque jour. « Les déchets réputés dangereux ont constitué moins d'un demi pour-cent du total » note Eric Derycke, responsable Environnement. Pourquoi ? « Parce que le marché belge ne propose pour l'heure que très peu de déchets répondant à notre cahier de charges, exigeant pour préserver la qualité du ciment », rappelle Jean-Jacques Carbonnelle, secrétaire général de CCB. Selon lui, il n'est pas prévu d'arriver à court terme aux 160.000 tonnes de déchets entrants (la moitié des besoins en combustible de l'usine).

On imagine cependant mal le nº5 mondial du ciment s'être battu de la sorte pour ce permis de coïncinération et investir autant, sans l'espoir d'y parvenir un jour. A fortiori vu les économies en jeu et la raréfaction prochaine des combustibles fossiles.